Philosophie > Éthique >
Éthique
L'éthique est la science de la morale, l'art d'établir et de définir une conduite de manière raisonnée?, de choisir avec sagesse face à un dilemme. C'est donc un domaine de la philosophie, exigeant la remise en question et l'analyse. C'est le pendant théorique, là où la morale est plutôt l'application.
Dans un autre article il a déjà été discuté de la morale chez les athées, présentant pourquoi les athées ne sont pas plus immoraux que les croyants ("tout au contraire" diront d'aucuns...) Cet article concerne donc davantage les mécanismes et les grands principes éthiques élaborés par les philosophes jusqu'aujourd'hui, qui permettent d'établir une morale plus éclairée et plus raisonnable.
Un peu d'histoire
La loi du nombre
Au départ, l'éthique n'existe pas vraiment, mais les humains sont obligés d'adopter un certain code de conduite pour permettre la vie en société. C'est une espèce d'échange, de troc des comportements pour tâcher d'obtenir ce qu'on veut.
Pour un individu, est bien ce qui l'arrange et mal ce qui lui nuit. Il est également possible que certains comportements soient hérités de la sélection naturelle, en ce sens que seules les populations d'individus possédant ces réflexes innés auraient pu survivre.
L'éthique chez les Grecs
Les Grecs de l'antiquité, ayant développé la philosophie, sont les premiers à avoir organisé et structuré la pratique de l'éthique. Platon, puis Aristote, arrêteront de se demander seulement si une chose est bonne ou mauvaise, mais pourquoi cette chose est-elle bonne ou mauvaise, ce qui est une question beaucoup plus fondamentale.
Tout le monde sera d'accord sur l'idée que tuer son voisin est immoral, les premiers philosophes se pencheront donc sur les principes qui permettent de considérer cela comme tel.
C'est donc le rejet du dogme, l'humain se découvre une nouvelle liberté, un outil pour s'améliorer, pour s'affranchir des préjugés et des règles périmées. C'est le début de la raison, de la réflexion argumentée et structurée en matière de morale.
Le mot éthique provient d'ailleurs du grec êtikos, êtikê.
L'éthique chez les religions du Livre
L'arrivée du judaïsme, puis du christianisme, de l'islam et des diverses branches des religions révélées viendra complètement modifier la situation.
On affirme désormais posséder une Vérité Absolue de Source Divine. La remise en question, la connaissance et la raison sont dénigrées, puis balayées. Très tôt les scientifiques et les libres-penseurs sont persécutés, les brasiers de livre font leur apparition dès Paul. Car le christianisme se répand et veut imposer sa vision, tout en sachant que le culte qu'elle professe ne tient pas la route devant l'analyse critique. Elle s'adresse d'abord et avant tout à ceux qui souhaitent des réponses faciles, à ceux qui ne veulent pas réfléchir.
La religion étend également sa sphère d'influence aux questions de morale, et c'est probablement son plus grand crime, la base de tous les autres. Elle utilise la menace de l'enfer et la promesse du paradis pour réglementer les actions de ses ouailles. L'idée que Dieu est bon, et que Jésus est amour par définition conduira - et conduit encore - à des aberrations immorales... Tout est permis pour imposer Dieu, les pires crimes commis en son nom sont supportés, puisque Dieu est Bonté.
L'éthique raisonnée disparaît, est remplacée par une morale imposée. Et pratiquement deux millénaires de dogmatisme et de dénigrement de la raison permettront à l'église d'imposer l'idée - contre toute logique - que la morale ne saurait pas exister en dehors de la croyance.
Le renouveau, la perte des repaires
La science, la renaissance de la raison, et l'ouverture sur le monde mettent la foi à rude épreuve. La chrétienté, désormais incapable de maintenir son dogme par la force est en perte de vitesse, nombreux sont ceux qui ouvrent les yeux et, face à l'incohérence du dogme et à la multitudes des morales religieuses, se libèrent de leurs chaînes et de leur religion. Certains deviennent athées, d'autre simplement déistes.
Mais il y a alors une perte des repères. Élevé et éduqué dans l'illusion que la morale doit être imposée, qu'elle doit être absolue, mais incapable de choisir entre la morale chrétienne, islamique, bouddhiste, raélienne ou scientologiste, le nouvel Homme libre risque de tomber dans le nihilisme. Il considère alors que tout se vaut et qu'il peut alors faire n'importe quoi, quelles qu'en soit les conséquences. Mais le nihilisme n'est pas une position rationnelle, c'est seulement une perte des repères doublée d'un effet pervers de l'enseignement religieux.
C'est la raison pour laquelle il faut redécouvrir l'éthique, qu'il faut réapprendre à penser de manière critique par nous-même. Il faut que l'Homme-libre retrouve la faculté dont les religions révélées l'ont privé de réfléchir par lui-même, de se construire une morale autonome, rationnelle et argumentée.
La société laïque devrait d'ailleurs saisir cet aspect, comprendre que même les lois qu'elle s'impose ne sont finalement qu'un outil et non pas un impératif absolu. La philosophie, l'argumentation et la raison devraient être la première et la plus importante des matières enseignées, parce que c'est cela qui fait un être éthique et par conséquent, un être véritablement moral.
Les différents concepts d'éthique
Avec le temps, de nombreux philosophes ont travaillé sur la question de l'éthique, tentant d'établir une base solide, un postulat efficace sur lequel axer notre raisonnement éthique. Leurs conclusions ne sont pas des absolus et le but n'est pas d'en faire un dogme, mais il n'est jamais mauvais d'étudier le travail de ceux qui nous ont précédés.
Les vertus, le juste milieu d'Aristote
Au départ, est bien ce qui est vertueux, et bien évidement, la vertu est le fait d'agir bien (ou correctement)... Définition circulaire que viendra faire exploser Platon. La question est donc lancée : comment définir les vertus qui permettent de bien agir, sans tomber dans la tautologie ?
Aristote s'y essaiera :
Néanmoins, cette explication n'est pas particulièrement utile ou pratique. Aristote en appelle à l'irrationnel, ce qui revient à s'appuyer sur les apprentissages précoces profondément ancrés (et donc sur une morale imposée) ou sur une connaissance surnaturelle du bien et du mal.
La règle d'or, le principe de réciprocité
Une règle très simple qu'on a déjà tous entendu au moins une fois : "traite les autres comme tu voudrais être traité" ou dans une autre version : "traite les autres avec la considération que tu voudrais recevoir".
Simple de compréhension et d'application, la règle d'or est efficace même auprès des enfants, pour les inciter à réfléchir à leur comportement plutôt que d'appliquer une morale purement imposée.
Il faut par ailleurs distinguer la règle d'or de la loi du Talion (œil pour œil dent pour dent). La règle d'or n'indique pas de traiter autrui comme on est traité, mais comme on souhaiterait être traité.
On pourrait cependant reprocher à la règle d'or de ne pas être assez fondamentale. C'est plus une règle de bon sens qu'un véritable postulat éthique, on peut d'ailleurs considérer la règle d'or comme un corollaire de l'utilitarisme.
L'utilitarisme, de Bentham & John Stuart Mill
L'utilitarisme consiste à agir de manière à maximiser le bien-être total (et parallèlement à minimiser la souffrance). L'idée est simple et efficace : si tous agissent ainsi, le bonheur de chacun sera plus élevé.
L'utilitarisme a ses détracteurs et ses défauts, particulièrement celui de ne s'appuyer que sur les conséquences et de demander le sacrifice de l'individu au plus grand nombre. La question de la définition et de la mesure du bien-être est également problématique. Il pose aussi le piège d'une réflexion à court terme : dans quelle mesure peut-on augmenter le bonheur de la population si cela risque de diminuer celui de la génération suivante ?
Vous trouverez sur Wikipédia un article complet et bien rédigé sur l'utilitarisme et ses diverses versions.
Le contrat social, de Jean-Jacques Rousseau
Essentiellement, Rousseau reprend la loi du nombre et la pose comme postulat. Pour lui, l'individu accepte de sacrifier sa liberté individuelle au profit d'une liberté sociale, pas nécessairement supérieure, mais nécessaire.
La morale est donc dictée ici par la société, et non plus par l'individu. Mais il y a évidement une condition sine qua non : que la société soit dirigée de manière démocratique et que les lois ne représentent pas qu'une fraction de puissants. Les lois doivent ainsi être adaptables, correspondre à la réalité sociales et être portées par la population.
Malgré tout, cela donne encore assez peu d'outils pour trancher les questions de développement durable ou d'équité salariale... Cela présuppose que les individus qui composent la société ont une connaissance suffisante de ce qui leur est favorable comme société, ce qui reste à démontrer...
Le Devoir de Kant
Kant, dans sa gestion de l'éthique, s'inspire un peu de la règle d'or, mais l'universalise : le devoir est d'agir comme si nos actes devaient servir d'exemple à l'humanité.
La réflexion est essentiellement la même, mais évacue l'aspect égocentrique. Le processus éthique porte une certain responsabilité qu'il n'a pas nécessairement avec la règle d'or.
Perpétuation et survie
Une autre vision de l'éthique pourrait consister à ramener les concepts de bien et de mal à une vision « animale », à un concept darwinien. Ainsi, seraient bien les comportements qui améliorent les chances de survie de l'espèce. Au contraire, les comportements de nature à compromettre le futur de l'humanité seraient mal.
C'est un critère difficilement applicable, puisqu'il est parfois pratiquement impossible de trancher l'effet d'un comportement sur les chances de survie possible de l'humanité. Par exemple, la recherche sur le nucléaire peut tout aussi bien sauver l'humanité que la détruire...
D'un autre côté, cela offre un outil efficace pour évaluer des questions comme les décisions face à l'écologie, justifie le développement durable ou la recherche à des fins d'exploration spatiale et permet de mieux poser la question des armes nucléaires ou bactériologiques.
Ce postulat a également l'intérêt d'être particulièrement fondamental : le désir de survie et de perpétuation de l'espèce est inscrit dans nos gènes, c'est une constante de toute forme de vie sur terre et il n'y a aucun raison d'aller contre ce postulat. Il semble donc un bon point de départ, quoique insuffisant.
Conclusion
La philosophie et la raison ont créé depuis Aristote de nombreux outils pour évaluer les questions morales sans recourir à la crainte d'une punition divine. Des outils beaucoup plus flexibles, adaptables et beaucoup moins portés aux dérapages monstrueux...
Liens associés
Backlinks: | Athéisme 101 | Morale chez les athées | Les créationnistes: persécutés | Preuves de l'existence de Dieu
Cette page a été affichée 344 fois.

