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Contre le déisme
Voir aussi -> Déisme -> Principe Anthropique -> Agnosticisme?
Le déisme est une position métaphysique qui admet l'existence d'un dieu initial tout en rejetant ses attributs anthropomorphiques. En dehors de cette définition minimale, le déisme ne fait aucune affirmation pouvant être testée, ce qui en fait une position creuse sur le plan empirique. C'est pour cette même raison que le déisme ne peut être réfuté catégoriquement.
Cela ne signifie pas que le déisme est une position valide. C'est plutôt l'inverse: l'absence de contenu confère au déisme une apparence d'irréfutabilité, mais du coup rend cette position inutile et intenable. Nous verrons qu'à la limite, un argument esthétique en faveur du déisme peut être défendu, mais n'a pas une grande valeur puisqu'un argument esthétique athée (par la simplicité ou le minimalisme) est beaucoup plus facile à établir.
Le déisme demeure donc une position dont la valeur se limite à l'esthétisme, adoptée par celui qui juge qu'il est plus "beau" de croire qu'il y a quelque chose. Une autre position, que nous ne traiterons pas ici cependant, consiste simplement à définir quelque chose comme étant "dieu", par exemple "dieu est ce qui a causé le big bang", "dieu est l'univers", etc. Ce genre de déisme consiste simplement à un autre choix esthétique, c'est-à-dire choisir de redéfinir dieu afin de pouvoir dire qu'il existe.
Nous examinerons à présent quelques arguments en faveur du déisme et qui ne reposent pas sur l'esthétisme.
L'argument cosmologique revisité
Soit dieu a un rapport avec la réalité, soit il n'en a pas. Dans le second cas, le déisme demeure une position tout à fait esthétique puisque l'existence ou l'inexistence de dieu n'aurait aucun impact sur la réalité. Ce qui nous intéresse est la possibilité d'un dieu qui aurait eu, lors d'un moment originel, un impact sur notre univers; ou encore un dieu qui ferait exister l'univers de par sa nature même. (Nous écartons le dieu personnel puisqu'il s'agit d'une discussion sur le déisme et non le théisme).
La base la plus forte sur laquelle on pourrait appuyer le déisme est certainement la science physique. Il serait possible d'établir, par déduction à partir de lois de la physique, un argument très fort en faveur du déisme. Cet argument, toutefois, tarde à se manifester.
(Cela ne signifie pas qu'il est plus sage de croire en dieu. Comparons avec le cas suivant: il serait possible, par l'observation à l'aide de sonars, d'établir un argument très fort en faveur de l'existence du monstre du Loch Ness. Cela ne veut pas dire qu'il est préférable d'y croire... au contraire.)
Plusieurs déistes estiment que dieu existe, mais qu'il se limite à une entitée responsable de l'établissement initial des lois fondamentales de l'univers. Cette position semble très sobre, mais renferme un nombre impresionnant d'assertions non-fondées, notamment:
- Il existe des lois fondamentales de l'univers (qui ne sont pas éternelles);
- L'univers a une cause, un commencement, qui lui sont externes;
- Il existe quelque chose hors de notre univers;
- Il peut y avoir une intelligence sans support physique.
Notons qu'aucune de ces affirmations n'est nécessaire et suffisante pour établir l'existence du dieu des déistes. Sans une démonstration indépendante pour chacunes de ces affirmations (et bien plus encore) il ne peut y avoir de "preuve" que l'univers provient de la chiquenaude initiale d'un dieu.
Une autre assertion cachée découle du déisme, c'est-à-dire que la causalité existerait indépendament du temps et de l'espace, ce qui est impossible. Pour les fins de la démonstration, remontons aux premiers instants de l'univers. La théorie de la relativité nous enseigne que le temps et l'espace sont liés. S'il n'y a pas d'espace, il n'y a pas de temps. Par conséquent, il ne peut y avoir un "avant" et un "après". On ne peut donc dire que A a causé B. Sans espace, pas de temps, et sans temps, pas de causalité. Ce raisonnement demeure assez spéculatif, mais n'est pas moins crédible que l'argument déiste.
Pourquoi alors a-t-on l'impression que tout devrait avoir une cause première?L'explication se trouve peut-être du côté de la psychologie humaine. Notre esprit a tendance à faire du sens avec ce qu'il perçoit. Nous postulons sans cesse des causalités et des finalités là où il n'y en a pas. Kant décrivait déjà, dans sa Critique de la Raison Pure, que nous projetons sur l'univers les catégories de notre esprit.
Voyage dans l'irationnel
Une solution possible pour le déiste est d'affirmer que l'être suprême ne fait pas partie de l'univers, et que par conséquent toutes nos réflexions à son sujet sont inutiles. Si le dieu créateur ne fait pas lui-même partie de notre univers, on pourrait échapper à la critique en soutenant que dieu n'est pas concevable par l'entendement humain, et que par conséquent nous ne pouvons rien dire sur son existence dans un sens comme dans l'autre.
Cet argument est déjà déplaisant par son caractère antirationnel. Si dieu échappe à la raison, alors à quoi bon avoir ce genre de débat? Surtout: à quoi bon postuler son existence? Si on ne peut rien connaitre sur dieu, alors toute discussion sur ce thème est vide de sens.
On se retrouve alors à une intersection: on peut assumer que notre croyance n'est pas rationelle et est mûe par une volonté purement esthétique. C'est la position que les anglais nomment "to bite de bullet". Ou on peut pencher vers le théisme à un degré plus ou moins grand, en s'appuyant par exemple sur des notions comme la foi, la moralité, "l'harmonie dans l'univers", l'existence de croyances ou du sacré dans toutes les cultures, etc.
Dans les deux cas, rien ne démontre l'existence du dieu des déistes. En fait, une lignée argumentative qui s'appuie sur l'incapacité de connaitre dieu admet d'emblée qu'il ne peut y avoir de preuve rationnelle - ou du moins pas selon la raison humaine. Mais quelle autre raison possède-t-on?
Le dieu déiste: si humain...
Un trait intéressant du déisme est que cette position rejete les attributs anthropomorphiques qu'on retrouve habituellement chez un dieu. Sauf exception, un déiste n'admet pas de concepts comme la "volonté de Dieu", ou encore un dieu personnel capable de faire des miracles et de communiquer avec sa création.
Cela ne signifie pas pour autant que les déistes ont abandonné tout ce qui pourrait être un trait humain superflu dans leur concept de dieu. Dans le quotidien, on entendra souvent parler d'une "Force", d'une "Énergie", d'une "Cause Suprême", etc.
Ces concepts, bien qu'ils semblent très abstraits, font référence à des théories scientifiques tout à fait humaines. Parler de "Force", notamment, ne signifie plus grand chose en considérant la physique actuelle.
Quant à la notion de cause, elle implique de séparer le temps en au moins deux moments, le premier étant la cause du second. Ce fractionnement est souvent arbitraire. Dans le cas de machines simples, par exemple, on peut choisir de considérer que la force qui appuie sur le levier entraine le mouvement de celui-ci, ou on peut considérer le mécanisme dans son ensemble comme étant un seul événement continu.
Sans avoir à nier la causalité, il est possible d'admettre que notre conception de celle-ci est largement liée à nos catégories humaines. Par conséquent, parler d'une cause première est une projection, à l'ensemble de l'univers, de nos propres travers perceptifs.
Il est tout à fait possible que l'univers n'ait aucune cause. Seulement, l'esprit humain est incapable de le concevoir ainsi, d'où notre quête pour la cause ultime, illustrée par des milliers de mythes d'origine.
Conclusion
Nous avons vu que le déisme n'est pas réellement une position rationnelle tenable puisque:
- son but principal (expliquer l'origine de toutes choses) n'est pas atteint;
- il s'agit d'une position que se justifie mal autrement que par l'esthétisme, dans la mesure où on souhaite avoir une position rationnelle, c'est un échec;
- le dieu déiste n'est pas si déiste, mais correspond étrangement à nos propres conceptions et travers humains.
Bien qu'il soit, en tant qu'individu aimant réfléchir, tout à fait possible (on hésite à dire légitime) d'être déiste, la seule justification qui nous semble valide est l'esthétisme. On a tout à fait le droit de vouloir croire en un dieu créateur. Certains jugent qu'il est plus beau que l'univers ait un début, orchestré par un être suprême. Cela est bel et bon, mais il n'existe pas de justification pour cette position, autre qu'un simple goût personnel.
Le déisme est donc une position valable, certes: pour celui qui assume qu'il s'agit d'un choix esthétique et non rationnellement appuyé.
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