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La morale chez les athées ?

Définition de la morale:

Science du bien et du mal? ; théorie de l'action humaine en tant qu'elle est soumise au devoir et qu'elle a pour but le bien. Et, par extension, ensemble de règles de conduite découlant d'une conception de la morale.

(inspiré du Petit Robert 2006)

Énoncé du problème

D’après certains croyants, il serait impossible de définir la morale en dehors de la religion, tout ne serait que fait relatif dépourvu de connotation bien/mal d’après la logique athée. L’athéisme, l’agnosticisme, le déisme, ne pourraient alors mener qu’au chaos puisque pour ces philosophies l’enseignement du Livre (peu importe lequel) n’est pas la parole de Dieu infaillible. Les incroyants n’auraient plus alors de règles d’éthique à respecter, plus aucune obligation morale, plus aucune référence. Et cela mènerait à la catastrophe, puisque ces mêmes incroyants, n’ayant aucun code moral, n’hésiteraient pas à commettre les pires actions.

Interlude: un voyage dans le temps chez les Épicuriens


Épicure: moraliste, et athée

Le philosophe Épicure (340-270 av J-C) proposait un système moral très simple, basé sur la modération, la recherche de plaisirs simples, l'amitié et la tranquilité. Il fut un des premiers à articuler un principe de réciprocité? ainsi qu'une compréhension scientifique du monde. Les épicuriens rejetaient toute explication surnaturelle, et affirmaient que l'existence de dieu était tout simplement impossible. Néanmoins, leur doctrine morale a influencé un grand nombre de penseurs, religieux ou non.

La morale chez les athées

Mettons tout de suite les choses au point, les hommes étaient moraux avant les religions monothéistes et le restent aussi lorsqu’ils sont libérés de celles-ci ! L’être humain n’a pas besoin d’être dirigé comme un enfant de 4 ans pour agir moralement. Ce dogme selon lequel les religions sont les seuls dépositaires de la morale est la pire supercherie de l’histoire religieuse, une appropriation hypocrite et un outil d’endoctrinement. La morale appartient à la philosophie et à la raison, pas à la foi et à la superstition.

La morale peut être basée sur des fondements élémentaires : Droit naturel, amélioration des conditions de vie, règle d’or (réciprocité, traiter les autres comme on souhaite être traité), devoir… Sur ces fondements, un ensemble de valeurs et de règles de conduites est construit, à l’aide de réflexion et d’argumentation. La morale est donc autonome (personnelle), philosophique, rationnelle, flexible, adaptative face aux nouvelles réalités, aux changements de société et peut s’améliorer constamment. (voir pour plus de détail notre page sur l'éthique)

L’athée est conscient que la morale n’est pas absolue, qu’il n’a pas la Vérité Vraie. Il n’a pas la prétention de proposer un système de valeurs parfait, et c’est la raison pour laquelle il accepte de remettre ses convictions en question.

L’athée est conscient que la distinction entre le bien et le mal n’est pas toujours évidente. Dans nos relations humaines, nos actions ne sont pas toujours neutres. Certaines peuvent faire du mal, blesser, nuire. D’autres peuvent profiter aux autres, les faire se sentir mieux, bref leur faire du bien. Les valeurs ne sont pas des absolus, chaque situation étant un cas unique.

La morale religieuse

La morale religieuse, pour une large tranche, fonctionne sur le principe de la carotte et du bâton, sur le concept du respect à l’autorité. Là où la morale philosophique se situe entre les 4 et 6ième niveau de l’échelle de développement moral de Kohlberg, la justification morale religieuse est… de 1er niveau : celui d’un enfant de 4 ans qui craint la punition paternelle !

Il n’y a pas de remise en question, c’est bien ou c’est mal parce que le Livre (peu importe lequel) l’indique… Point. Après, les différentes branches de toutes religions, pour la majorité, ont appris à en prendre et à en laisser, face à l’impossibilité de défendre les dogmes de départ. Mais au niveau du croyant, le concept reste le même : la soumission sans réflexion à un dogme, abdication de sa liberté et de sa responsabilité morale à une autorité religieuse.

La morale religieuse, de par sa prétention à l’absolu est plongée dans l’immobilisme, toujours un demi-siècle en retard sur les progrès philosophiques, systématiquement un frein à l’amélioration de la condition humaine.

En fait, ce système est absurde au point où il peut facilement être démontré que nul, en réalité, ne suit une morale religieuse, puisque même les dogmes sont, en dernier lieux, interprétés et mis en action par un sujet pensant.

Une histoire de poutre et de paille

Revenons-y, sur ces des dogmes originels, chrétiens ici puisque mieux connus, mais cela s’appliquerait aisément à toutes les religions révélées. De larges pans de l’ancien testament présentent une morale qui est finalement beaucoup moins humaine que la morale rationnelle. Massacres au nom de Dieu, misogynie, esclavagisme, peine de mort pour des broutilles… (voir les atrocités bibliques?)

Par honnêteté intellectuelle, nous admettons ici que la majorité des branches chrétiennes accordent plus d’importance aux évangiles et ne professent pas (ou plus) les valeurs représentées par les extraits présentés. Mais l’objectif n’est pas ici de diaboliser les croyants d’aujourd'hui, mais de démontrer que « la morale universelle » enseignée dans le livre est très loin d’être désirable ou universelle.

L’autre problème de la morale religieuse, est qu’elle est particulièrement variable… Chaque petit groupuscule religieux – voire chaque croyant – a sa propre vision de la morale enseignée dans le livre, chacun s’accorde le droit d’interpréter les écrits à sa manière… C’est censé être un livre d’amour, mais une tranche conséquente des chrétiens sont des homophobes… Les musulmans iront affirmer que le Qu’ran enseigne le respect et la tolérance, mais les fatwas se multiplient, les femmes sont lapidées lorsqu’elles ne se comportent pas comme des esclaves soumises et l’apostasie est condamnée par la mort… Des américains très chrétiens sont pour la prolifération des armes à feu et la peine de mort... Amen !

Quand les actes sont en complète opposition avec les paroles ! Où est la morale universelle et divine dans tout ça ? Est-ce que la réponse ne serait pas « nulle part » ?

Le piège du relativisme

Le principe du relativisme est qu’on ne peut pas juger les actes d’une personne en dehors du système de référence dans lequel celle-ci a commis cet acte. Il serait ainsi parfaitement déplacé de juger les actes d’un croisé en particulier, sans tenir compte que les massacres au nom de Dieu était la norme durant les croisades et qu’il ne faisait que suivre des milliers d’autres comme lui, alors que le système féodal et religieux le poussait dans ce sens.

Ceci étant dit, il faut éviter la dérive du nihilisme consistant à considérer que les systèmes de valeurs eux-mêmes ne peuvent pas être comparés, que tout se vaut et qu'aucune valeur n'est supérieure à une autre. En effet, la philosophie et l’argumentation permettent de comparer les systèmes de valeurs entre eux, pour déterminer un ordre d’importance à différentes valeurs, à condition de trouver un fondement commun, ce qui est généralement possible. Notez à ce titre que « C’est écrit dans le Qu’ran » n’est pas un argument. :)

Nous héritons tous de notre éducation et de nos expériences un certain nombre de postulats sur ce qui est bien. C'est le devoir de chaque être humain de les analyser, de les tester, de les valider, de les remettre en question... Et si, au bout de sa réflexion, il arrive à la conclusion que l'ensemble est cohérent, il se doit de défendre les valeurs qui en découlent.

Nazisme, communisme et autres dérives en isme

Parmi les attaques les plus courantes envers l’athéisme de la part des fondamentalistes et croyants de tous poils, l’idée que l’athéisme mène au communisme stalinien, au nazisme, au capitalisme inhumain, au fascisme, ou à une autre dérive sociale en isme est l’une des plus ridicules. Ces dérives sont le fruit d’un dogme qui n’a rien à voir avec l’absence de croyance en dieu.

"Les athées sont capables de gouverner leurs actions morales et de fonctionner en société autant que n'importe qui d'autre." - carm.org

Oui, le communisme était athée, un peu comme les fraises sont rouges… Cela ne permet pas de conclure que tout ce qui est rouge mène automatiquement à une fraise. Tout au contraire, la morale prônée par les athées, autonome et réfléchie, vise à libérer l’humanité des dogmes, des Vérités Absolues, des morales imposées. La philosophie, l’éducation et la libre pensée sont les meilleurs remparts contre les dérives.

Ce qui ne veut pas dire non plus que tout système athée est forcément immunisé contre les dérives. Le combat contre les dogmes et les cultes de toute source est une question de vigilance constante… En ce sens, la liberté d’expression, de critique, de satire, de caricature, même si cela doit choquer par moment les sensibilités est non seulement un droit fondamental, mais une obligation envers le futur.

Pour terminer ce point, de telles accusations venant de religions ayant mené des Jihad et croisades, ayant favorisé l’esclavage, l’asservissement de la femme et l’abrutissement de l’humanité, ça fait particulièrement grotesque et peu crédible…

Avenir et projection

De quoi aura l’air la morale dans 100 ans ? Dans 1000 ans ?

Peut-être que notre époque passera pour un esclavagisme sauvage à la vue de nos travailleurs salariés… Peut-être que l’idée de manger de la chair animale sera devenu complètement barbare face aux mets de soja exquis… Peut-être que l’idée d’inventer des concepts de pays et de religions pour diviser et séparer l’humanité aura l’air d’un ridicule achevé…

Peut-être qu’une catastrophe écologique due aux abus de l’humanité ou à un affrontement nucléaire aura transformé l’humanité en quelques poches de vie ici et là, pratiquement retournées au stade animal…

Bien malin qui pourrait savoir ! Mais si le passé est garant du futur, si la libre pensée reste de mise, si nous continuons la lutte contre les dogmes, si nous refusons d’abdiquer notre liberté morale à des institutions arbitraires, parions que le changement ira dans le bon sens…

Liens pertinents

L'internet regorge de sites très instructifs, et la question de la morale et de l'éthique athée est souvent abordée de manière très constructive. En voici quelques exemples :




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