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Pourquoi les athées ne se taisent-ils pas?
Pourquoi aborder l'athéisme s'il s'agit d'une non-croyance? Ne pourrait-on pas dire qu'il s'agit aussi d'un non-sujet? Si l'athée "croit en rien", alors on s'attend peut-être à ce que l'athéisme se réduise à "rien" également. Plusieurs croyants (et incroyants, dont Sam Harris) voudraient donc que les athées se taisent, considérant que notre point de vue est une non-opinion et ne mérite donc pas sa place. Cette position sera ici analysée et critiquée en 4 étapes.
1. Laisser de côté les préjugés et amalgames
Les plupart des critiques envers l'athéisme aperçues dans les médias reposent encore, malheureusement, sur des préjugés pourtant évidents. Nous en dressons une courte liste:
- "Les athées sont dogmatiques car ils croient hors de tout doute que Dieu n'existe pas".
- "Les athées rejettent toute contribution de la religion à la civilisation".
- "Les athées sont simplement incultes, ils ne savent pas ce qu'ils critiquent", etc.
Des réponses à ces préjugés se trouvent sur notre page portant sur l'athéisme.
2. Cesser de vouloir censurer la concurence à tout prix
Si le croyant ne considère l'athée que comme un croyant potentiel, et l'athéisme comme un frein au prosylétisme, alors il est évident qu'il souhaite faire taire cet "ennemi".
Témoignant d'une fermeture d'esprit évidente, ce genre de stratégie défensive ne peut que se retourner contre les détracteurs de l'athéisme. Les croyants, s'ils ne veulent pas apparaitre comme bornés et sectaires, ont donc tout à gagner en respectant l'expression d'opinions divergentes.
Sans faire l'apologie d'un "front uni" d'athées, ils est raisonnable d'espérer que davantage de gens affirment leur incroyance sans honte. Très souvent voyons-nous des religieux parler de l'importance du "dialogue". Mais s'il n'y a pas d'interlocuteur, avec qui comptent-ils dialoguer?
3. Rejeter le NOMA
Stephen J. Gould désignait comme Non-Overlapping MAgistreria (NOMA?) la séparation entre la science et la religion?. Pour Gould, il s'agissait simplement de deux types de discours ayant chacun leur domaine d'action qui ne devraient jamais se chavaucher.
Le NOMA est assez en vogue chez le relativistes ainsi que certains incroyants mal à l'aise avec le terme "athéisme". On doit reconnaitre qu'il y a des avantages certains à segmenter les champs d'études, principalement d'évitr les dispoutes. Cependant, le NOMA, bien que séduisant par son apparente ouverture, a comme inconvénient majeur d'exclure toute étude sérieuse par des disciplines comme l'ethnographie, la psychologie, la neurologie, etc. En fait, le NOMA détruit complètement l'étude du phénomène religieux en refusant d'admettre le religieux comme phénomène.
Outre un désir excessif de rectitude politique, il n'y a aucune raison pour que la science se donne des limites de sujet. Du moment où considère la religion comme intéressante scientifiquement, on doit admettre qu'il s'agit d'un phénomène humain et d'un sujet scientifique potentiel.
De plus, le NOMA met sur pied d'égalité tout type d'explication (on dira alors "discours sur le réel") ce qui semble relativiser la science au rang de mythologie post-moderne. Affirmer que la religion et la science sont simplement deux types de discour appliqués à des domaines différents, c'est rejeter le concept de vérité en affirmant du coup que tout n'est qu'opinion et que toute opinion s'équivaut.
Finalement, les religions ne se privent pas d'affirmer toutes sortes de choses concernant le monde naturel qui, si on s'en tient strictement au NOMA, devrait être réservé à la science. Le NOMA est donc une position tout à fait hypocrite, puisqu'elle soutient que la science doit s'abstenir d'empiéter sur la religion, en supposant que les religieux en font autant de leur côté, ce qui a toujours été faux.
4. Admettre que l'athéisme est intéressant
Les prétentions selon lesquelles la religion est un sujet hors du commun témoignent d'un biais déiste qui ne devrait pas être accepté. L'étude d'un sujet devrait se faire dans la plus grande objectivité possible, donc dans un agnosticisme (au sens large).
Notre observateur, qui se veut neutre, peut donc tout autant s'intéresser à ceux qui n'ont pas de croyances religieuses, les athées. Bref, l'athéisme est digne d'intérêt, et l'ignorer reviendrait à trahir un parti-pris en faveur des religions.
Les croyants, s'ils sont rationnels, devraient donc maintenir un dialogue franc avec les athées, et ce pour des motifs autres que le prosylétisme éhonté.
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