Religions > Arguments religieux >
Introduction
Il existe plusieurs lignes argumentatives cherchant à prouver l'existence de Dieu, qu'on nomme parfois "preuves", sens qui évoque la démonstration logique ou mathématique.
Nous constaterons ici l'échec des preuves dites classiques ou modernes à démontrer l'existence de leur objet, ainsi que les défis posés par les preuves contemporaines. Voici une liste non-exhaustive des arguments qui seront évoqués ici:
- Les preuves classiques
- L'argument ontologique
- L'argument cosmologique
- Preuve par le premier moteur
- Preuve par les degrés
- Preuve par la contingence ou la raison suffisante
- L'argument téléologique
- L'argument par l'expérience mystique
- Les preuves modernes
- L'argument moral de Kant
- L'argument téléologique moderne, ou montre de Paley
- L'harmonie corps-esprit chez Leibniz
- Le pari de Pascal
- Les preuves contemporaines
- L'argument ontologique de Gödel
- Les arguments de Platinga
- L'argument cosmologique de Swinburne
- L'argument de Kalam, version Craig
- Le créationnisme
- La téléologie, version dessein intelligent
- Le problème de la dualité corps-esprit
Réponses aux arguments pour l'existence de Dieu
(Construction)(À remanier)
Voir également -> raisonnements fallacieux. -> Kant et les preuves de l'existence de Dieu
Arguments psychologiques
Argument par de l'ignorance
Ce type d'argument religieux exploite une "faille", c'est-à-dire que nous n'avons pas réponse à tout, pour faire pénétrer une idée religieuse. Il se présente sous plusieurs formes :
- Type A: « Il existe un certain ordre dans l’univers n'est-ce pas? Pour que cette harmonie existe, il a bien fallu qu'un être supérieur l'organise. »
Réfutations :
Une harmonie? Dans ce cas le chef d'orchestre est un incompétent! Regarde-moi dans quel état est le monde! Ce à quoi le chrétien répond habituellement « C'est la faute des musiciens, pas du chef! » et on peut rétorquer « Le chef avait la possibilité de faire les musiciens meilleurs et il ne l'a pas fait. C'est donc bel et bien sa faute. »
Cela ne prouve rien. Pourquoi cette harmonie / ce phénomène serait-elle/il causé par le Dieu de la Bible? Pourquoi pas plusieurs dieux ou bien une grenouille géante ? Ou pourquoi doit-elle être causée par quelque chose ?
Êtes-vous certain de voir une harmonie dans le monde? Pouvez-vous prouver que cette harmonie existe bel et bien? Croyez-vous que votre dieu contribue à cette harmonie ou cherche-t-il plutôt à la détruire? Comment expliquez-vous la maladie, les malformations congénitales, les catastrophes naturelles?
- Type B: « Le phénomène X est inexpliqué. Cela ouvre la porte pour Dieu, non? »
- Type C: Le chrétien pose une question à laquelle on ne peut répondre et ajoute ensuite « Ah-ah! Tu vois, tu n'es pas certain de tout, donc tu dois admettre que j'ai peut-être raison! »
Réfutations :
Le fait que l'on ignore ce qui cause X ne veut pas dire que votre Dieu existe. Chaque siècle les causes d'un phénomène ou d'un autre sont découvertes alors qu'elles étaient expliquées par dieu avant. Cela arrivera aussi - fort probablement - au phénomène proposé ? Cela vous convaincra-t-il de ne plus croire en votre Dieu ?
Voir aussi Einstein, Récupération idéologique?
Argument par le solipsisme
« Dieu est connu personnellement, donc sa connaissance est subjective. Je ne peux pas prouver quelque chose de subjectif. Donc si je pense que Dieu existe, il existe. »
Réfutations :
Le but d'un argument est de démontrer quelque chose
à autrui. Se référer à un concept perçu seulement par soi-même n'a donc pas de valeur argumentative. Notons qu'il serait tout à fait possible qu'un tel Dieu existe, cependant seule la personne concernée serait en mesure de connaitre son existence. Rien ne pourrait démontrer que deux personnes ayant ce type d'intuition réfèrent au même dieu personnel.
Suivant cette logique on peut dire tout et n'importe quoi. Suivez le culte batracien de
Grenouille !
Argument par la connaissance cachée
Ici le croyant affirme (avec conviction) que sa foi lui offre une connaissance, une perception de la vérité qui est inaccessible au sceptique. On entendra par exemple : « Ouvre ton coeur à Dieu et la vérité t'apparaîtra. » C'est la "Foi". une superbe formulation de Desskis sur le forum Planètes Athées
Réfutations :
L'argument est d'abord circulaire, puisqu'il implique ce qu'il veut démontrer.
D'une absurdité extraordinaire... Reformulé en des termes plus clairs, cela donne : « Plonge dans l'endoctrinement, laisse nous de laver le cerveau et tu verras : Tu finiras par gober toi aussi tout ce à quoi on croit. »
Cette affirmation n'a évidement pas la moindre chance de convaincre l'athée, celui-ci se rendant compte que pratiquement toutes les religions et toutes les sectes utilisent le même argument. L'idée qu'il faut croire pour croire, et être aveuglément convaincu pour avoir la foi est une évidence mais n'implique en rien que la croyance concerne une quelconque vérité.
L'affirmation se retournerait aussi aisément : « Laisse tomber ces dogmes et ces fadaises, embrasse la raison, et la vérité t'apparaîtra. » Ou encore « Tu ne peux pas comprendre pourquoi il ne faut pas croire en Dieu car tu es endoctriné. Donc Dieu n'existe pas. »
En fait, l'intérêt principal de cet argument n'est pas de convaincre l'athée, l'argument n'ayant aucune valeur, mais de raffermir la conviction du croyant par un appel au sentiment d'élitisme.
À ce propos, vous pouvez également consulter l'excellent article
La pauvreté de la foi sur le site des sceptiques du Québec.
Dans une version un peu différence, le croyant affirme qu'il y a une autre méthode pour construire sa connaissance, l'expérimentation personnelle et subjective, tout aussi valide, mais qu'il faut pour cela rejeter la raison? et le scepticisme.
Réfutation :
L'affirmation est basé sur le postulat que la subjectivité de l'individu est fiable, ce que rien ne démontre. Ne pouvant aller explorer les profondeurs de son être, nous ne saurions dire s'il a raison ou non. L'argument n'est donc pas convainquant.
Ce genre de raisonnement conduit à tout gober, on se met à devoir croire aux tablettes d'or des mormons et au monstre du Loch Ness, aux enlèvements extra-terrestres et à l'astrologie, à l'homéopathie et à la transmission de pensée, aux conspiration mondiales et au
Père Noël?...
Le croyant sera éventuellement tenté d'ajouter que l'expérience subjective est valide quand il s'agit de Dieu et pas dans les autres cas, ce qui un
double standard?. Ce qu'il tentera peut-être de corriger en spécifiant que "dieu ne veut pas tromper les hommes" ce qui est une
pétition de principe?
Argument moral par la crainte
« S'il n'y avait pas le christianisme, le monde sombrerait dans la déchéance! » (Très proche de l'argument philosophique moral, mais le croyant ajoute ici un appel à la peur et ne cherche plus à défendre un dieu philosophique)
Réfutations :
Qu'entends-tu par déchéance? Si pour toi "déchéance" signifie "pas chrétien", alors il est évident que sans le christianisme le monde serait dans la déchéance ! Mais il s'agit là d'une redéfinition abusive.
Si la seule raison pour maintenir le christianisme est la bonne morale, alors le christianisme est inutile puisqu'il est possible d'être un individu moralement correct sans croire en Jésus ou même sans avoir entendu parler de lui.
Soyez raisonnable. La religion n'est pas, n'a jamais été, et ne sera jamais source de morale. C'est plutôt l'inverse ! La religion impose un ensemble de conduites, rétrograde, dégradant pour les femmes, destiné à culpabiliser les croyants par des ordonnances multiples qu'on finit toujours par transgresser.
J'ai plutôt l'impression que sans la religion, c'est votre système de valeur qui s'effondre. Puisque vous souhaitez que tous pensent et agissent comme vous, alors vous désirez également maintenir la croyance en Dieu.
Arguments "anthropologiques"
Argument du consensus universel
C'est un argument proposé par Cicéron (De natura deorum), suivant lequel la croyance universelle des peuples en quelque chose de divin est une preuve suffisante pour établir son existence. Dans ce cas, la minorité des non-croyants serait en leur défaveur : n'est-il pas plus raisonnable de penser qu'un grand nombre ne peut se tromper ?'''
Réfutations :
La vérité n'est pas démocratique.
Il serait même possible que l'était "naturel" de l'humain soit de croire en Dieu. Cela n'indiquerait pas que Dieu existe réellement. Il y a plein de croyances pratiquement innées, au point tel qu'il faut se faire violence pour ne pas y croire (par exemple certaines illusions d'optiques).
Tous ont déjà cru que la Terre était le centre de l'univers, or c'est faux. La popularité d'une croyance n'implique pas sa véracité. De plus, des religions, comme certaines variantes du bouddhisme, ne soutiennent l'existence d'aucun dieu. La force d'une opinion est précisément son universalité comme l'a dénoncé avec clarté le philosophe
Arthur Schopenhauer.
Arguments "historiques"
Argument chrétien de la vie du Christ
L'existence de Jésus, (incarnation terrestre de Dieu descendu sur Terre pour racheter le péché de l'Homme) est bien la preuve que Dieu existe.
Réfutations :
L'
existence d'un christ historique? n'implique pas que Dieu existe. Comme l'existence de Claude Vorilhon n'implique pas que des extra-terrestres ont créé la vie sur Terre. De plus, l'existence d'un Jésus de Nazareth
telle que décrite dans les évangiles demeure douteuse.
L'ajout entre parenthèses, formulé par certains croyants, pèche aussi par pétition de principe en ajoutant un postulat auquel seul le croyant adhère, puisqu'il requière déjà la croyance en Dieu, et que l'athée n'a donc pas à accepter.
Argument par l'exactitude des récits de l'Ancien Testament
L'ancien testament (et le nouveau) fait référence à des événements historiques indiscutables. Il est donc évident que la Bible dit vrai, et que Dieu existe
Notons d'abord que cet argument est généralement amené sans fondements aucuns. Si vous le rencontrez, demandez de quels faits historiques il s'agit, question d'éviter une dispute inutile.
Le fait que les auteurs de la bible aient voulu mettre leur histoire en contexte dans des faits historiques n'a rien d'étonnant et n'est en rien une preuve. Le Da Vinci Code ou Star Trek font aussi référence à des faits historiques et ça ne prouve en aucun cas que c'est la parole de Dieu : C'est de la
fiction. De même l'existence de la Grèce ne prouve pas que la mythologie est un récit historique conforme aux faits.
Par ailleurs, la bible, et particulièrement l'ancien testament, commet également sa part d'inexactitudes historiques, plaçant de grands empires là où n'existaient que des petites tribus, plaçant le déluge après la construction des pyramides ou décrivant des mouvements d'armées innombrables là où les documents historiques sérieux n'indiquent strictement rien. Voir à ce sujet les
erreurs historiques de la Bible?
Argument par les prophéties bibliques
La Bible présente des prophéties qui se sont révélées vraies par la suite
Réfutations :
La Bible ne contient aucune prophétie pouvant passer l'épreuve sceptique la plus rudimentaire. Ce qui serait vraiment étonnant, c'est qu'un croyant puisse tirer de la bible une prévision précise, ne laissant pas de place à l'interprétation, ne relevant pas de l'évidence, et qui s'avérerait vraie par la suite.
Confucius a réussi ce tour de force aussi... Et il partage avec la Bible le caractère général, imprécis et applicable à toutes les sauces. C'est à la portée de n'importe qui d'effectuer des prophéties, puis de leur trouver a posteriori un événement qui coïncide. Idem pour Nostradamus et bien d'autres.
Dans une autre version : La vie de Jésus correspond de manière surprenante à plusieurs prophéties de l'Ancien Testament. Cela ne saurait être une simple coïncidence, ce qui prouve l'existence de Dieu.
Réfutations :
Non, ça n'a rien d'une coïncidence. Ça s'appelle de la licence littéraire. Il est beaucoup plus rationnel de croire que les premiers apôtres par la tradition orale, et les auteurs du Nouveau Testament se sont arrangés pour ajuster l'histoire de Jésus pour qu'elle coïncide avec les prophéties.
Les écrits de l'Ancien Testament sont interprétés
de manière à les faire concorder avec la vie de
Jésus?. Rien n'indique qu'il s'agit de "la bonne" interprétation.
Arguments philosophiques
Argument ontologique
Cet argument a été proposé pour la première fois par Anselme, dans son Proslogion. Son argument est que Dieu est l'être tel que rien ne peut se penser de plus grand, et cela tant dans l'intellect que dans la réalité. Ainsi, selon lui, pensant à l'être le plus grand, nous ne pouvons penser réellement que Dieu n'est pas : la pensée de Dieu implique son existence.
Réfutations :
Voilà un des arguments les plus absurdes de toute la philosophie du Moyen-Âge. On pose Dieu comme un être dont il est impossible de réfuter l'existence. Ainsi, toute tentative de réfutation est (du moins le croit-on) neutralisée. L'interlocuteur nous dirait, dans ce genre de situation, que le dieu dont nous venons de réfuter l'existence n'est pas le vrai Dieu, puisque ce dernier existe, et ainsi de suite.
N'empêche, l'absurdité de l'argument ne doit pas nous empêcher de le réfuter de manière formelle. Justement, plusieurs philosophes et théologiens s'y sont appliqués. Nous présentons ici quelques critiques.
D'une part, l'existence est posée ici comme une perfection. Or, ce postulat n'est soutenu par rien du tout. On a au départ tendance à l'accepter sans y réfléchir, mais lorsqu'on creuse un peu la question, rien n'est aussi évident. En quoi l'existence est-elle supérieure à l'inexistence? Il peut-être intéressant de proposer l'affirmation suivante : «
l'arme parfaite est celle qui n'existe pas »...
Ensuite, avoir à l'esprit le concept de quelque chose qui existe n'implique en rien que cette chose existe réellement. Pour s'en convaincre, il suffit de remplacer le terme "dieu" par n'importe quoi d'autre : «
Je peux concevoir une voiture parfaite en tout point, à laquelle il ne manquerait rien à ajouter et qui n'aurait rien à retrancher : puissance de formule 1, tout terrain, consommation de voiture solaire, sécurité à toute épreuve et confort absolu... Il est évident que si cette voiture n'existe pas, il lui reste quelque chose à ajouter : l'existence. Pensant donc à la voiture idéale, je ne peux pas croire qu'elle n'existe pas. Conclusion: la voiture parfaite existe et se balade quelque part dans nos rue... »
En bref, l'existence n'est pas une propriété que l'on peut conférer à un concept. Tout ce que la preuve ontologique démontre est que si Dieu existe, alors il existe. Mais s'il n'existe pas, et bien il n'est pas parfait et donc... n'existe pas!
Argument de la causalité ou cosmologique
C'est l'argument fondamental selon Thomas d'Aquin qui reprend en partie Aristote : Si l'univers est compréhensible, alors tout a une cause, la cause a elle-même une cause et ainsi de suite. Si la suite est infinie alors l'univers n'est pas compréhensible, dans le cas contraire il existe une cause ultime qui n'est causée par rien et que l'on peut appeler Dieu.
Réfutations :
L'argument est tellement faible, chaque pas de l'argumentation étant un sophisme, qu'il y a une multitude de réponses possibles. Nous en présentons quelques unes.
"Si la suite est infinie alors l'univers n'est pas compréhensible" Oui, mais l'athée n'a pas à admettre que l'univers soit compréhensible dans son ensemble jusqu'à une cause première. Il peut très bien être incréé et exister de toute éternité, rien ne s'y oppose. Et rien n'exclut de tenter d'en comprendre le plus possible. Bref, la "régression à l'infini" que craignent les philosophes n'est peut-être pas à craindre.
"dans le cas contraire il existe une cause ultime qui n'est causée par rien". L'athée n'a pas à accepter ce saut non plus. L'imposition d'une boîte noire, immatérielle, indescriptible et insaisissable est loin de rendre l'univers plus compréhensible ! Autrement dit, une explication doit être productive. Postuler un Dieu ne fait que déplacer le problème.
"et que l'on peut appeler Dieu." Définition biaisée. L'athée peut répondre que l'apposition des 4 lettres D i e et u pour nommer la cause première est purement arbitraire et ne prouve en rien le concept de Dieu que Thomas d'Aquin cherche à démontrer. L'athée peut également répondre que "cette cause première, c'est le Big Bang" ce qui est tout aussi logique ! Autrement dit, l'argument renvoie à un "premier moteur" Aristotelicien mais tente ensuite de nous faire accepter (par un saut de foi incroyable) l'existence du Dieu chrétien.
On retrouvera également une version plus péremptoire : « Tout a une cause dans le monde, donc il faut une cause première qui a démarré tout ça, non? Cette cause, c'est Dieu! »
Ici, l'interlocuteur remplace le souhait de Thomas d'Aquin que l'univers soit compréhensible avec une affirmation positive. Essentiellement la réfutation reste la même mais cette formulation ajoute une faille : la cause première contrevient directement au postulat de départ de l'argumentation puisqu'elle n'a pas de cause. Et tout s'écroule.
Version cartésienne de l'argument ontologique.
Cet argument consiste à accepter l'existence de Dieu puisqu'il nous est possible de penser un Dieu infini et parfait avec notre intellect fini et imparfait.
Réfutations :
Ça serait intéressant si c'était vrai. Mais personne n'est capable de concevoir vraiment un Dieu infini et parfait, de comprendre ce qu'il serait et ce que cela impliquerait. Personne n'est capable de s'en faire une véritable représentation mentale, un modèle intellectuel. La meilleure preuve est dans l'un des arguments des croyants eux-même : « les desseins de dieu sont incompréhensibles » ou « qui sommes-nous pour décider de ce que Dieu devrait penser »... Ce qui démontre bien que leur intellect ne maîtrise pas le concept de perfection.
On pourrait répondre également : « mon intellect imparfait est capable d'imaginer une licorne bleue immatérielle sautant de système solaire en système solaire... C'est bien la preuve que la licorne bleue existe. »
Si l'intellect fini ne peut concevoir l'infini sauf si Dieu l'a inscrit en nous, ne serait-il pas plus simple de dire que nous n'avons simplement pas l'idée d'infini? En effet, puisque notre esprit est fini nous ne saurions distinguer un infini illusoire d'un "vrai infini".
La prétention d'avoir en nous une idée claire de ce "vrai infini" est basée, chez Descartes, sur le postulat qu'un Dieu non-trompeur met en nous ce concept. L'argument est donc circulaire.
Argument téléologique
Consiste à voir dans la nature une vaste finalité, dont la cause serait Dieu.
Réfutations :
L'athée n'a pas à admettre l'évidence d'une vaste finalité dans la nature. Aucun argument véritablement objectif n'abonde dans ce sens et le croyant s'appuie essentiellement sur l'émerveillement ou l'incompréhension. Il tire une conclusion surnaturelle sans éliminer toutes les autres hypothèses plus rationnelles. Cet argument est de nature à ne convaincre que ceux qui sont déjà convaincus et qui sont tout prêts à voir du divin partout.
Une explication doit expliquer. Postuler un Créateur dès que l'on ne comprend pas quelque chose, cela n'explique rien, mais ne fait que fournir une parade.
Argument moral
Consiste à dire que la morale ne peut exister sans Dieu, puisque c'est lui qui décide ce qui est bien et ce qui est mal, et qu'il est en conséquence le fondement ultime de la morale. Si l'on suppose que Dieu n'existe pas, on doit en conclure que l'existence est dénuée de valeur morale, et qu'il n'y a ni bien ni mal dans nos actions. Soutenir l'argument moral (voir, par exemple, Dostoievski), c'est dire que les athées doivent accepter que tout soit permis sous peine de se trouver en contradiction avec eux-mêmes, mais c'est également soutenir la thèse que les athées ont plus de propension aux crimes que les croyants.
Réfutations :
L'argument présume que Dieu existe, sans quoi la morale ne pourrait exister. Il n'a donc pas plus de valeur que de dire que l'eau ne peut exister sans Poséidon, ainsi Poséidon existe.
Argument panthéiste
Qui définit le divin comme le Tout.
Réfutations :
C'est une question de redéfinition arbitraire, qui n'est justifiée que par une croyance a priori. Le même genre de réflexion consiste à dire que je définis la
Mare comme étant "tout" et que, donc, l'existence de Grenouille au travers de toute Sa Création est indéniable. L'argumentation est rigoureusement logique, mais personne n'a à admettre la définition de départ sur laquelle elle repose.
Si une personne veut nommer le cosmos "Dieu", c'est son droit. Mais cela ne prouve pas l'existence d'un Dieu tel que notre définition minimale le décrit (être suprême, transcendant et créateur).
Argument de la dualité être et ne pas être
Argument qui souligne que les êtres sont, mais qu'ils ont des limites au-delà desquelles ils ne sont pas. Comme une chose ne peut pas être et ne pas être en même temps (on ne peut pas valider en même temps A et nonA), il y a incohérence, que le croyant se propose de régler en faisant intervenir quelque chose de supérieur. ('-ici'-)
Réfutations :
Une nouvelle fois, c'est n'importe quoi. L'argumentation tente de nous faire avaler qu'on est dans une situation où A et nonA seraient valides en même temps, ce qui serait effectivement impossible. L'erreur ici, c'est que ce qui se trouve à l'extérieur des limites, n'est pas la même chose que ce qui se trouve à l'intérieur des limites. Si A est l'être qui existe, B représente alors ce qui est à l'extérieur de ses limites, et pas nonA. On valide donc A et !B ce qui est parfaitement cohérent.
Argument de Pascal
Cet argument cherche à établir l'existence de Dieu par un appel à la cupidité. Il consiste à dire que, bien que les chances que Dieu existe soient minces, il serait absurde de ne pas y croire puisque la mise est minimale (dévotion à la doctrine chrétienne) et l'enjeu extrêmement profitable (vie éternelle).
- Sur athéisme.free.fr
- Sur wikipédia
Réfutations :
Le pari de Pascal repose également sur une erreur de logique, celle d'utiliser une fausse dichotomie, si courante dans les discours chrétiens. Il présente l'idée qu'il n'y a que deux choix. Croire en Dieu, oui, mais croire en lequel ? D'un point de vue extérieur, il y a des dizaines de possibilités, où chacune prévoit une vie après la mort désagréable si on ne se conforme pas à un certain dogme. Dans le meilleur des cas, peu importe le choix sauf un, on perd tout dans la mort, alors qu'on a perdu aussi dans la vie.
À l'opposé, l'athée est certain de gagner quelque chose dans la vie : la liberté de raison et ses très nombreux corollaires.
En suivant le raisonnement de Hans Jonas (
Le Principe responsabilité), on peut également opposer à Pascal l'objection suivante : si je choisis de croire en Dieu, je dois vivre en accord avec cette croyance pour gagner la vie éternelle ; cela suppose de renoncer à la vie terrestre. Si je gagne, je gagne tout, mais si je perds, c'est-à-dire si Dieu n'est pas, la différence doit se faire entre ma vie vécue et le néant de la mort. Or, entre la vie et le néant la différence est incommensurable, si bien qu'en pariant sur l'existence de Dieu, j'ai perdu quelque chose d'inestimable. Mais si je vis en athée, et que Dieu est, je perds aussi quelque chose d'inestimable, la béatitude éternelle. Dans les deux cas la perte est infinie.
L'autre reproche courant au pari de Pascal est de présenter un "dieu des hypocrites". Peut-on vraiment accéder au paradis si l'on croit en Dieu seulement sur la base d'un pari, seulement pour tenter d'obtenir le paradis au cas où dieu existerait ?
Argument du "pourquoi"
Ici le croyant tient à trouver une grande raison à son existence. Il affirme que si la science s'occupe bien du "comment", il faut Dieu pour expliquer le "pourquoi" : « pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » « Pourquoi existons-nous ? »
(note, on entend ici par "pourquoi" une raison supérieure, une justification humaine, une volonté ou une finalité...)
Réfutation :
Il y a déjà pétition de principe dans l'énoncé du "pourquoi". Le croyant cherche une réponse tel que pourrait en donner un humain qui veut justifier une action. Il présuppose déjà l'existence d'un être créateur.
Mais qui a affirmé qu'il y avait un pourquoi ? Cette question a-t-elle même un sens ? Si l'on veut éviter la pétition de principe, la question doit être formulée différemment : « Y a-t-il une justification "cosmique" à notre existence ? » La réponse de l'athée est que l'univers est. Point. Il n'y a pas de pourquoi.
De plus, l'idée de Dieu n'offre aucune réponse au "pourquoi" il ne fait que la repousser, la déguiser en apposant le terme "Dieu" partout... Mais en bout de ligne, ça ne résout rien ! Pourquoi Dieu existerait-t-il ? Quel serait son but ? Sa raison d'être ? Pourquoi y aurait-il eu un Dieu plutôt que rien ? Pourquoi aurait-il souhaité la création ? Pourquoi l'aurait-il créé ainsi et pas autrement ?
Le croyant bien conditionné refuse de se poser ces questions, tout en insistant pour avoir une réponse à celles qui coïncident avec sa croyance. Il refuse d'admettre l'idée que l'univers pourrait être apparu ex-nihilo ou exister depuis l'éternité, sans raison, mais accepte tout à fait ces attributs pour le dieu qu'il s'est inventé. Où est la logique ?
Comparons donc pour terminer les deux positions : L'athée affirme : « L'univers est, point. » Le croyant lui affirme : « L'univers a été créé dans un but divin ; Dieu est, point. » Quelle hypothèse nécessite le moins de suppositions ? Laquelle des deux est la plus économe ?
Cela semble parfois désagréable à certains d'imaginer que l'univers et l'Homme n'ont pas de raisons transcendantes, une finalité divine... Mais cela ne relève que de la psychologie et ne saurait en aucun cas être un argument à la croyance.
Argument du Législateur / Architecte / Horloger
Certainement l'un des arguments les plus courant, celui de Fénelon et de Bossuet. Ici le croyant tente de prouver la logique de sa foi par une analogie biaisée avec une création ou un concept humain. Par exemple : « Au même titre qu’une maison a besoin d’un architecte, il est évident que l’univers a besoin d’un Créateur. » Ou encore : « Il faut un horloger pour faire une montre, un peintre pour faire un tableau, il faut donc un auteur à toute chose, cet auteur, je l’appelle Dieu, donc Dieu existe. »
Réfutation :
L’analogie peut servir à expliquer ou à illustrer un phénomène ou une idée, mais n’a en aucun cas force de preuve. Pour bien illustrer pourquoi voici quelques autres analogies possibles : « Au même titre qu’il est possible d’entrer et de sortir d’une maison, il doit être possible de faire pareil avec l’univers » « Une maison a un dessus et un dessous, il est bien évident que l’univers a un haut et un bas. » « Il y a plusieurs horloges et plusieurs horlogers, de la même façon, il y a plusieurs peuples et donc différents dieux... »
On voit que l’analogie n’est un concept valide que sur les points où il y a déjà accord. Ici, le croyant pèche donc par pétition de principe, puisque le choix d’une construction humaine présuppose dès le départ un créateur divin pour l’univers.
Cela entraîne également un vice de logique de même nature que l'argument de la cause primordiale : s'il faut un horloger à toute chose, qui a créé Dieu ? Et qui a créé le créateur de Dieu. Et ainsi de suite dans une chaîne sans fin.
On retrouvera d’autres variantes, dont voici un exemple : « Si vous êtes scientifique, vous acceptez les lois de la physique… Or, qui dit loi dit législateur. »
Réfutation :
Ici l’erreur provient d’une redéfinition de terme en cours d’argumentation. Le mot "loi" n’a pas le même sens dans les deux cas, et de loin. Dans le second cas, la loi créée par l'homme a force d’autorité, et l’humain doit (en théorie) la suivre. Ces lois ne sont ni absolues, ni toujours suivies. Dans le premier cas, le terme « loi » est d’une toute autre nature, il désigne une formule mathématique (créée par l’homme) qui permet d’expliquer les interactions et les comportements de la matière, qui eux sont incréés.
L’analogie est donc complètement bidon, et personne n’a à admettre l’idée qu’un être supérieur doit avoir dicté ce comportement à la matière. Encore ici, l’analogie n’est pas un argument.
Aussi listé sous: Philosophie
Discuter de cet article
Cette page a été affichée 558 fois.