Évolution et probabilités
Une réfutation de l'article de J. Perrault "Une preuve mathématique de l'impossibilité de l'évolution"
Un avion assemblé par hasard
Un avion ne peut s'assembler à partir d'un tas de ferrailles simplement par l'action du temps et du hasard. Bien entendu. Mais qu'en est-il de la vie? Peut-elle émerger simplement "par hasard"?
Certains créationnistes, comme Stephan C. Meyer, ont publié de fastidieux calculs servant à démontrer que l'évolution (sauf avec intervention divine) est mathématiquement impossible. Ces articles reposent sur une erreur mathématique assez simple, le "AND-multiplicatione error", ainsi que sur une conception faussée de l'évolution.
Cet article, par J. Perreault, de l'Association de Science Créationniste du Québec, commer dans les mêmes erreurs, que nous exposerons ici.
Le calcul en question
Ces articles ont un point commun: ils considèrent que la probabilité totale est PA * PB. S'il y a X événements et Y possibilités pour chaque évènement, la probabilité est donc de YX. Obtenir une combinaison spécifique avec 5 dés a donc une probabilité de 56. Jusqu'à présent, tout semble normal, il n'y rien à redire sur le plan mathématique. Mais examinons la prétention de Perrault:
Fait no. 1 : Un gène bactérien est constitué en moyenne de 1000 bases même pour les plus petits génomes de bactéries qui soient (les mycoplasmes). Fait no. 2 : Le nombre de séquences possibles de 1000 paires de bases (4 possibilités par emplacement) est de 41000 = 10602.
Pourquoi ça ne fonctionne pas ?
On reconnaît le calcul expliqué plus haut. Voilà pourquoi le calcul de Behe, Meyer, Perrault et al. ne tient pas la route: ce procédé fonctionne seulement avec des événements qui sont parfaitement indépendants. Or c'est loin d'être le cas en biologie, où le "jet de dés" dépend largement du résultat précédent.
En temps normal, bien entendu, le fait d'avoir obtenu deux "6" n'a aucune influence sur le résultat subséquent, pour autant que les dés soient non-biaisés. Mais ce n'est pas le cas dans le monde du vivant, où le résultat est souvent influencé par les essais précédents.
Voyons pourquoi à l'aide d'un exemple, que nous donne Thomas D. Schneider dans The AND-Multiplication error.
Supposons que je veuille lancer 10 pièces de monnaie et obtenir 10 fois "face". La probabilité est de (1/2)10 = 1/1024. Après F essais, la probabilité est alors de 1 - (1-(1/1024))F. Même en tirant les dix pièces 1024 fois, je n'ai que 63.2% de chances d'avoir enfin dix fois "face"... plutôt décevant!
Mais procédons avec une autre méthode. On tire les 10 pièces et on colle le résultat sur un petit carton. Ensuite on fait 100 copies du carton, en faisant parfois quelques erreurs (on colle la pièce de monnaie du côté "pile" au lieu de "face" ou l'inverse). Puis on choisit la carte qui a le plus de résultats "face", et on recommence. Au bout d'une dizaine de générations environ, on aura enfin notre carte sur laquelle il y a dix pièces du côté "face".
Supposons maintenant qu'une certaine combinaison de pièces, lorsque positionnées côte-à-côte, ont tendance à se tourner du côté face (un peu comme dans le jeu de société Othello ou "Reversi"). Par exemple, chaque occurrence du motif "face, pile, face" engendrerait "face, face, face". Cela augmenterait encore plus nos chances d'avoir la fameuse carte avec dix "face".
Une seule bonne réponse?
Une autre erreur flagrante dans le calcul créationniste est qu'il suppose qu'il n'y a qu'une seule combinaison pouvant engendrer la vie, laquelle devrait apparaitre d'un seul coup. En d'autres mots, la combinaison gagnante que nous possédons dans nos cellules serait la seule qui puisse être et la seule qui ait jamais existé.
Cela revient à postuler la nécessité dans la nature, et donc la téléologie. En d'autres mots, ils incluent dans leur raisonnement la conclusion qu'ils tentent de démontrer, c'est un raisonnement sournoisement circulaire.
L'évolution, en revanche, tranche au rasoir d'occam? la téléologie. Au lieu de supposer une finalité, elle se contente de dire que "il se trouve que telle chose est telle qu'elle est, et il se trouve que cela est utile". On parle alors de contingence.
(construction)
Aussi répertorié sous Physique et mathématiques
Sources
- "Probabiliy" sur le site "Creationism versus science"
- Thomas D. Schneider, Ph.D. The AND-Multiplication error.
- Sur la loi des grands nombres
- Sur la probabilité d'événements indépendants
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