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Types de raisonnements fallacieux

Introduction

Les raisonnements fallacieux se rencontrent très souvent dans les débats religieux. Ces débats constituent d’ailleurs souvent par eux-mêmes un raisonnement fallacieux : par définition, argumenter requiert l’usage de la raison. Il est alors assez savoureux de voir les croyants se sortir d’une mauvaise passe démonstrative en brandissant le joker absolu, la quintessence du raisonnement fallacieux : De toute façon, la foi transcende la raison !. Pourquoi donc ne pas avoir commencé le débat par ça, il s’achèverait avant même de commencer ? Cela permettrait d’économiser le temps de chacun.

Définition

Le raisonnement fallacieux est à la logique ce que certains sodas sont à la bière : ça a la couleur de l’alcool, le goût de l’alcool, mais ce n’est pas de l’alcool. Une erreur logique est toujours tapie dans la structure : parfois le montage est assez grossier (tentative d’embrigadement dans une secte), parfois il est beaucoup plus subtil (les gros volumes de théologie écrits au Moyen-Age sont une référence en la matière).

Vices logiques

Les vices logiques concernent la structure même de l’argumentation. Ici, la prémisse peut être correcte (ou pas), mais le chemin, l’argumentation qui mène à la conclusion est erronée.

Circulus in demonstrando

Le raisonnement circulaire, est une forme particulière de la pétition de principe (voir ci-dessous), qui consiste à construire une démonstration en s’appuyant sur la conclusion. Un exemple paraît-il authentique, tiré d’une note des services secrets britanniques :

Les homosexuels ne doivent pas être autorisés à occuper des fonctions gouvernementales. Ainsi, tout responsable du gouvernement qui sera reconnu comme tel perdra sa fonction. Par conséquent, les homosexuels feront tout pour cacher leur secret, et pourront être sujet au chantage. Cette situation étant dangereuse, les homosexuels ne doivent donc pas être autorisés à rentrer au gouvernement.

Argument en faveur de l’existence de Dieu présenté par Fénelon :

Toutes les qualités des personnes et des choses viennent de Dieu, l’intelligence est une qualité, donc Dieu nous donne l’intelligence, donc Dieu existe.

Réflexion qu’on retrouvera souvent chez les croyants :

La Bible est la parole de Dieu. On ne peut mettre en doute Sa parole, et la Bible affirme que son contenu est véridique. Par conséquent la Bible est bien la parole de Dieu.

Contraposée erronée

Il s’agit également d’un grand classique, consistant à mélanger causes et conséquences. En logique, si l’on sait que : A implique B, et que l’on veuille déduire quelque chose concernant A en partant de B, la seule possibilité que l’on ait est : non-B implique non-A. Cette dernière proposition est appelée contraposée de la première. L’erreur de logique par contraposée erronée est de dire : Si A implique B, alors B implique A (Version correcte : Si A implique B, alors non-B implique non-A). Si ce n’est pas clair, voici un exemple très parlant :

Si l’Univers avait été créé par un être divin, on verrait l’ordre et l’harmonie partout dans le monde. Or, les lois de la physique, la beauté d’un coucher de Soleil ne témoignent-ils pas de l’ordre et de l’harmonie du monde ? Bien sûr que si, c’est donc que dieu existe.

Il s’agit en fait (presque) d’une abduction, un type d’inférence très utile, mais qui n’a aucun poids en argumentation puisqu’il est hypothétique. Voir aussi le renversement de la charge.

Définition biaisée / arbitraire

Consiste à utiliser une certaine tournure que peut avoir un concept ou une idéologie préalable afin de déduire la conclusion souhaitée. Egalement très utilisé en statistique pour tenter de prouver quelque chose.

Par définition l’homme est pécheur, donc nécessairement tu as besoin du salut que seul Jésus peut te donner. → implique d’avance la notion de péché.

La théorie de la relativité ne peut mener qu’à des atrocités puisqu’elle mène à croire que tout est relatif.

Il y a 98% des scientifiques qui ne croient pas en l’évolution !! → “ne croient pas” est défini abusivement, le sondage demandait en fait « Pensez-vous que la théorie telle que formulée par Darwin était rigoureusement exacte ? »

Double standard

C’est habituellement faux, mais c’est vrai dans ce cas-ci, ou l’inverse. (Voir aussi Raisonnement ad libitum.)

Je ne peux tolérer une chambre en désordre, sauf la mienne bien sûr.

Tout a une cause, sauf Dieu.

Fausse dichotomie

Un grand classique des débats Science / Religion. Le but est de faire croire qu’il n’existe qu’une seule alternative, dont l’un des termes est la position de l’adversaire, avec ses insuffisances manifestes. On peut alors triompher facilement avec l’autre position, sans avoir rien démontré du tout.

Ce raisonnement ne peut tenir que s’il n’existe que deux possibilités : si deux boules sont dans une urne, soit je tire la noire, soit je tire la blanche. Les choses sont rarement aussi simples dans notre quotidien, sans même parler du fonctionnement de l’Univers.

Soit la théorie de l’évolution actuelle est vraie, soit c’est dieu qui a créé les espèces. Or la théorie évolutionniste comporte des insuffisances, c’est donc Dieu qui est à l’origine de tout.

J’ai entendu dire que la théorie actuelle du Big Bang n’était pas prouvée. C’est donc Dieu qui a créé le monde.

Ignoratio elenchi, Non sequitur

Conclusion sans rapport avec la démonstration conduite.

Il est facile de démontrer que les enseignements chrétiens sont vrais. Il suffit de constater combien de gens ont mieux vécu leur vie grâce à Jésus.

Méthode hypercritique

Cette méthode s’attache souvent en l’analyse suspicieuse et à charge d’un grand nombre de détails insignifiants sur un sujet, afin de repousser une théorie adverse, et ce même si les preuves amenées par celle-ci ne sont, elles, pas négligeables.

Elle est particulièrement utilisée dans toutes les formes de négationnisme et par les créationnistes dans le débat crevo. En effet, elle permet, face à des preuves indiscutables, de procéder au syllogisme suivant :

tels détails sont troublants ; donc toute l’explication est fausse ; donc les preuves avancées sont des falsifications.

La méthode hypercritique est difficile à contrer, dans la mesure où elle lance un grand nombre d’affirmations péremptoires (et rapides à formuler), qui demandent généralement un travail de recherche considérable afin d’être vérifiées.

L’évolution n’explique pas les complexités irréductibles, seul l’ID y parvient, la théorie de l’évolution est donc fausse → Voir le jugement Dover concernant l’ID.

L’évolution est contraire à la loi de la thermodynamique. → Affirmation parfaitement fausse, mais très efficaces auprès de ceux qui n’y connaissent rien et qui sont tout prêts à y croire.

Voir également: Homme de paille, Argumentum ad hominem.

Petitio Principii

La pétition de principe, dont le raisonnement circulaire est une sous-catégorie, consiste à employer une démonstration qui présuppose l’acceptation de la conclusion, ou qui n’a de sens que lorsque l’on croit déjà en la conclusion. C’est le cas par exemple des analogies choisies à dessein, une analogie n’étant valide que si l’on est déjà d’accord sur l’ensemble des caractéristiques jugées pertinentes pour une mise en parallèle.

Au même titre qu’une maison a besoin d’un architecte, il est évident que l’univers a besoin d’un Créateur.

Jésus est né d’une vierge. Comment cela serait-il possible sans l’intervention divine ?

La pétition de principe peut également être dissimulée dans une question qui alimente le débat, ou qui amène un bloc d’argumentation dans lequel l’interlocuteur répond lui-même à sa question… Cela est souvent utilisé par les avocats ou des gens peu à l’aise dans le cadre d’une discussion argumentative.

Avez-vous arrêté de battre votre femme ? → Le procureur sous-entend déjà que l’homme battait sa femme avant. C’est correct si tout le monde est d’accord sur ce point, sinon c’est un sophisme.

Est-ce que les lois physiques existent indépendamment de leur concepteur ? Admettons que vous répondiez oui, alors… → L’interlocuteur affirme déjà (explicitement) que les lois physiques sont dictées par Dieu. La question n’a de sens que pour lui et cherche à faire admettre un fait sans le justifier.

Appel à une autorité

Ici “autorité” revêt un sens large, il désigne de fait une caractéristique à laquelle on a tendance à apporter un certain crédit.

Il n’est jamais mauvais de demander l’avis d’un expert sur une question qui relève de son domaine, ou d’un groupe de personnes. C’est même fortement recommandé. Il peut être intéressant de connaître l’avis général d’une population ou de savoir si quelque chose fonctionne depuis longtemps.

Néanmoins, cela ne constitue jamais une preuve en soi. Comme disait Bertrand Russell, l’unanimité des experts sur un sujet donné ne prouve qu’une seule chose, c’est que l’opinion opposée à la leur ne peut pas être tenue pour certaine…

Argumentum ad antiquitatem

C’est vrai parce que c’est vieux. Argument de prédilection de tous les pourvoyeurs en médecines parallèles, dont les origines se perdent bien souvent dans la nuit des temps de l’humanité.

Les religions sont présentes dans les sociétés humaines depuis des millénaires. Il doit donc bien y avoir un fond de vérité là derrière.

Argumentum ad crumenam

C’est vrai parce que je suis riche. Quittons un peu le domaine religieux pour cet exemple.

Les logiciels Microsoft sont clairement les meilleurs, sinon pourquoi Bill Gates serait-il si riche ?

Mon beau-frère est membre de ce système de vente pyramidal et s'est acheté une troisième bagnole... ça doit marcher!

Argumentum ad lazarum

C’est vrai parce que je suis pauvre. Comme disait un grand sage : Il ne suffit pas d’être pauvre pour être honnête.

Les moines ont certainement une meilleure conception du monde que nous car ils ont abandonné toutes leurs possessions.

Argumentum ad novitatem

C’est vrai parce que c’est nouveau. Argument très utilisé dans notre monde consumériste. Sans doute l’un des rares raisonnements fallacieux qui n’est que rarement utilisé par les fondamentalistes religieux. Exemple: Cette technique brevetée a été découverte le mois dernier. C’est vraiment la fine pointe, et je suis certain que c’est efficace!

Notons que certains vont également rejeter une affirmation sous prétexte qu’elle n’est pas nouvelle. Il s’agit alors d’une combinaison qui synthétise les arguments ad antiquitatem et ad novitatem:

Ce n’est pas du tout original, au contraire ça fait deux cent ans qu’on essaie de nous vendre ça, tu penses qu’on va te croire maintenant?

Argumentum ad numerum

C’est vrai parce que tout le monde le dit. Malheureusement, la vérité n’est pas soumise à la démocratie : tout le monde croyait que la Terre était le centre de l’Univers il n’y a pas si longtemps que cela.

85% de la population mondiale croit à des entités divines. Ils ne sont pas tous fous quand même !

Argumentum ad verecundiam

Un très grand classique, c’est vrai parce qu’un grand personnage de l’humanité l’a dit. Cela peut donner lieu à des situations cocasses : certains peuvent ainsi rejeter en bloc les théories d’un éminent scientifique, mais embrasser explicitement ses visions mystiques, alors que la raison commanderait plutôt de suivre le personnage en question sur son véritable terrain d’expertise. Allez comprendre…

Le sophisme est souvent doublé d’une citation tronquée, hors sujet, absolument désuète ou relevant même parfois d’une pure invention mensongère.

Isaac Newton était un génie, et il croyait en Dieu, donc Dieu existe.

Darwin a dit lui-même que l’oeil ne pouvait pas être créé par l’évolution → D’une part, ça ne prouverait rien si c’était vrai, mais en plus c’est une citation tronquée mensongère : Darwin soutient tout à fait l’inverse, exemples à l’appui.

Kelvin et von Helmholtz, deux scientifiques très reconnus, ont évalué que la durée de vie du soleil était d’au maximum 100 millions d’années. → Ils ne connaissaient pas la fusion nucléaire, cette affirmation est complètement désuète depuis Einstein.

Appel aux passions

Pourquoi s’encombrer de logique quand on peut s’attaquer aux passions, utiliser la peur ou les cordes sensibles de son interlocuteur ? Ici, l’interlocuteur ne fait même pas semblant de vouloir utiliser la raison. Il va sans dire qu’en argumentation, cela n’a strictement aucune valeur démonstrative.

Pente glissante

C’est faux parce que si c’est vrai quelque chose de néfaste risque d’arriver, ou bien il faudra conclure également quelque chose de néfaste.

“Si l’humain descend du singe alors les nazis ont gagné.”

“Si on autorise les casquettes d’équipes sportives à l’école, ce serait quoi la prochaine fois? Des fusils? De l’héroïne?”

Argumentum ad baculum

C’est vrai parce que sinon je te casse la figure. Le recours à la force peut également être plus subtil, comme de la grossièreté et des insultes, mais le principe demeure le même.

Tous ceux qui n’acceptent pas de suivre Jésus brûleront en Enfer !

Sois ferme dans ta foi ou tu seras exclu de la communauté !

Argumentum ad hominem

J’ai raison parce que tu es un vilain personnage. Sans doute l’argument le plus utilisé lorsqu’on se retrouve dans une situation délicate. Au lieu de répondre aux objections de l’interlocuteur (argumentum ad rem), on s’en prend personnellement à ce dernier, en mettant en lumière ses défauts, ses erreurs dans d’autres contextes. Sous-entendu : si mon contradicteur n’est pas un homme fiable, alors ses arguments ne le sont pas non plus, et ce n’est même pas la peine d’y répondre, je risquerais de me salir.

Tu prétends que les athées peuvent être des gens moraux. Pourtant, j’ai entendu dire que tu avais abandonné ta femme et tes enfants…

Une version un peu plus soft peut être :

- Voici pourquoi l’existanse de Dieu n’est pas certaine : (arguments solides). Que réponds-tu à cela ? - Je réponds que tu ne sais même pas écrire existence correctement !

C’est ce que les Anglo-saxons appellent “Red herring” : on fait diversion en attirant l’attention sur un point totalement secondaire par rapport au coeur de la discussion. A ce propos, voir “méthode hypercritique”.

Argumentum ad libitum

C’est vrai parce que j’en ai envie.

Dieu existe! Dieu existe! Il faut que Dieu existe!!!

L’évolution est fausse. Je ne vois pas comment elle pourrait être vraie, ce serait atroce d’être issu du hasard.

Argumentum ad misericordiam

C’est vrai parce que c’est triste. Encore un raisonnement fallacieux consistant à délaisser la raison pour faire jouer les violons.

- Jésus est bien le Fils de Dieu. - Comment le sais-tu ? - La beauté tragique de son sacrifice pour sauver l’humanité n’est-elle pas une preuve éblouissante ?

Argumentum ad populum

En politique, cela s’appelle le populisme. C’est vrai parce que c’est ce que vous avez envie d’entendre. Généralement, affirmations simplistes ne tenant pas compte de la complexité réelle de la situation:

  • (Ministre de la justice devant une assemblée du syndicat de la construction) La solution au crime, c'est de construire de nouvelles prisons!

Vice de procédure

Ici, le sophisme n’est pas tant dans la construction de l’argumentation que dans la méthode ayant permis de bâtir les prémisses. Ainsi, ce n’est pas la logique interne mais l’utilisation d’une méthode pseudo-scientifique qui pose problème.

Argument par l’anecdote

Il n’est pas utile de s’étendre longuement sur cette technique. On ne prouve rien à l’aide d’un exemple isolé, qui plus est généralement très librement interprété. C’est néanmoins une technique souvent utilisée pour faire croire que les anecdotes relatées ne sont que la partie émergée de l’iceberg et que, si l’interlocuteur s’en donnait la peine, il pourrait très facilement prouver ses assertions. Mais à quoi bon prouver l’évidence, n’est-ce pas ?

Il y a énormément de preuves que Dieu existe et qu’il fait toujours des miracles. Pas plus tard qu’hier, j’ai entendu parler d’une fillette atteinte du cancer. Ses parents ont prié à l’église, et elle a guéri.

Échantillonnage biaisé

Un échantillon biaisé est un ensemble d’individus d’une population censé la représenter, mais dont la sélection a introduit un biais (volontaire ou non) qui ne permet plus alors de conclure sur la population.

Les jeunes sont violents, on le voit bien dans les nouvelles du soir → Les médias sélectionnent les nouvelles croustillantes, l’échantillonnage est très sélectif et donc non représentatif.

Une étude menée auprès d’universitaires démontre que le pourcentage de fumeurs au pays à diminué → La cigarette est plus populaire dans les couches moins scolarisées, l’échantillonnage ne représente pas du tout la population dans son ensemble.

Non causa pro causa

Lorsque l’on croit identifier la cause d’un événement alors qu’aucun lien causal n’est manifeste. C’est en fait un piège dans lequel peuvent tomber même les scientifiques les plus prudents :

J’ai pris une aspirine puis j’ai prié Dieu, et mon mal de tête a disparu. C’est donc Dieu qui m’a guéri

Le taux de natalité est plus élevé dans les localités où les cigognes sont plus nombreuses. Les cigognes ont donc un effet positif sur la natalité.

Il faut ainsi prendre soins de différencier les liens causaux des simples corrélations, où deux phénomènes peuvent être influencés par la même cause.

Raisonnement ad hoc

C’est une technique très utilisée dans tous les domaines, même en science. Une observation est faite, et l’on tente de formuler une explication. Mais il y a une différence énorme entre l’approche scientifique et l’approche théologique : dans le premier cas, l’explication ne sera retenue comme vraisemblable que si elle permet de faire des prévisions, de nombreuses prévisions. Cela ne marche pas avec l’approche théologique :

- La pression atmosphérique était 100 fois plus élevée avant le Déluge, c'est pourquoi les gens vivaient jusqu'à 900 ans. - Impossible. Selon la loi des gaz, rien n'aurait pu vivre sur terre avec une telle pression. - Euh... c'est que les lois de la physique étaient différentes à l'époque...

Parfois le raisonnement consiste à tenir compte de données qui n’étaient pas connues au moment où un événement s’est produit:

“J’ai eu tort de prendre ce train, il a déraillé!”

Autres

Argumentum ad nauseam

Un proverbe chinois dit qu’un mensonge répété mille fois devient une vérité. Cet argument peut servir doublement :

- Se débarrasser d’un contradicteur gênant qui délaissera le débat, lassé d’entendre toujours la même chanson sans possibilité de dialogue.

Malgré tout ce que tu peux dire, Jésus t’aime et il ne tient qu’à toi de l’accepter dans ton cœur.

- Endoctriner de futurs adeptes.

Vas-y mon petit, récite ton catéchisme

Homme de paille

Consiste à utiliser un argument plus faible que celui que son adversaire oppose. Créer un argument de l’homme de paille consiste à créer une position facilement réfutable puis à l’attribuer à son opposant.

Le nom de cette technique est une image : l’utilisateur de l’argument porte un coup non pas sur son contradicteur, mais sur une représentation de celui-ci, faite de paille, et donc facilement abattue.

Il est possible de créer un argument de l’homme de paille de différentes manières :

Prendre une partie des arguments de son contradicteur, réfuter cette partie et prétendre que l’on a réfuté l’ensemble des arguments.

Présenter les arguments de son opposant dans une forme faible, les réfuter et prétendre que les arguments originaux ont été réfutés.

Présenter une fausse déclaration de son opposant, la réfuter et prétendre que la déclaration initiale est la position actuelle de son opposant.

Présenter quelqu’un qui défend pauvrement une position, réfuter ses arguments et prétendre que tous les arguments en faveur de cette position sont réfutés.

Inventer un personnage de fiction avec des actions ou des croyances que l’on peut facilement critiquer et prétendre que cette personne est représentative du groupe que le locuteur est en train de critiquer. (tiré de wikipedia)

L’évolution suppose que des animaux se métamorphosent spontanément en d’autres espèces… Ceci n’est pas vrai, l’évolution est donc fausse → L’évolution ne suppose pas cela.

Plurium interrogationum

Lorsqu’un interlocuteur exige une réponse simple à une question complexe.

Est-ce qu’être athée permet de bien s’épanouir ? Oui ou non ?

Renversement de la charge (ad ignorantiam)

Consiste à annoncer qu’une affirmation est vraie au motif que l’inverse n’est pas prouvé hors de tout doute raisonnable, autrement dit «j’ai raison parce que tu ne peux pas prouver que j’ai tort.» En fait, c’est toujours à celui qui lance une affirmation d’apporter une preuve, et plus celle-ci relève de l’extraordinaire, plus la preuve doit être solide.

On pourra simplement répondre : «Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve.»

Personne ne peut prouver hors de tout doute que Dieu n’intervient pas dans l’évolution, l’intelligent design est donc vrai.

En absence de preuve qu’il n’existe aucun dieu, l’existence de Dieu est indiscutable et ma foi est rationnelle.

Hypostatisation

C’est une erreur, presque stylistique, consistant à considérer un objet qui a une existence conceptuelle ou imaginaire comme une réalité concrète. La plupart du temps, son utilisation est bénigne, répondant à un souci d’alléger le propos : “L’Histoire a montré que…”. L’exemple archétypal est sans doute le monde des Idées platoniciennes.

J’ai l’idée de Dieu. Comme cette idée existe, elle a donc une essence, et d’où peut-elle venir sinon de l’objet qui lui correspond, Dieu ? Donc Dieu existe.

Sophisme naturaliste

Confusion entre ce qui est et ce qui devrait être. Cela fonctionne dans les deux sens. Par exemple un commerçant qui ferme boutique en raison du taux élevé de criminalité dans son quartier confond peut-être ce qui est avec ce qui devrait être. (On dit parfois “niveler par le bas”). À l’inverse le raisonnement suivant ne prend pas compte de la réalité en cours en faveur d’un idéal inateignable:

“Pourquoi on paie pour la trithérapie des sidéens? Ils n’avaient qu’à mettre une capote!”

Raisonnement par l’incrédulité

Littéralement, ne pas croire P car on ne peut pas croire que P est vrai en raison de l’apparence contre-intuitive de l’affirmation:

“J’ai de la misère à me figurer qu’il existe des êtres minuscules qui causent les maladies. Ça doit être faux.”

Refus de tenir compte de données intuitives

Cet argument stipule que c’est faux car “ce serait trop facile”, trop évident ou trop simpliste. Il s’agit en quelque sorte de l’inverse du Rasoir d’Occam.

“Tu penses vraiment que la vie est apparue simplement par le hasard et la sélection naturelle?”

“Les traces retrouvées près de la victime ne sont certainement pas celles du tueur : quel imbécile laisserait une preuve si évidente?”

Refus de tenir compte d’évidences anecdotiques

Cet argument stipule que c’est faux car rien ne le démontre en-dehors d’expériences personnelles, bien que l’affirmation soit évidente.

“Les cinq dernières fois que j’ai mangé du pamplemousse j’ai fait une crise d’asthme. Mais aucune étude scientifique n’a montré de corrélation entre les deux, alors je vais continuer à en manger si je veux.”

“Un SDF n’arrête pas dans s’introduire chez moi et mon absence. Il laisse toujours des magazines pornographiques et du cannabis sous le matelas de mon fils. Il faudrait vraiment que je fasse installer des barreaux aux fenêtres.”

Sophisme par le sophisme

Consiste à invalider une affirmation sous prétexte qu’un argument cherchant à la défendre est fallacieux.

“Cet argument est sur la liste de Libre Sans Dieu alors ce qu’il cherche à démontrer est nécessairement faux.”

“Tu interprètes mal ce que je dis, c’est un homme de paille que tu fais là. Par conséquent tu as tort.”

Ce “méta-sophisme” indique que ce qui est dans cette liste n’est pas nécessairement fallacieux. En-dehors de vices logiques évidents, plusieurs tactiques plus ou moins transparentes sont employées pour convaincre mais ne sont pas nécessairement fallacieuses. Pour l’argumentum ad antiquitatem, par exemple, il est normal d’avoir confiance en une affirmation qui a été vue comme crédible depuis 2000 ans, après tout il y a eu moult occasions de la tester depuis. C’est justement sur ce processus mental parfaitement légitime que se basent les raisonnements fallacieux, sans quoi ils ne fonctionneraient pas, puisque personne ne serait dupe!



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